Écriture : de meilleures recherches préparatoires et des notes plus utiles avec l’IA

É

Préambule : cet article parle donc d’IA générative. Je suis conscient que c’est un sujet qui déchaîne les foules, notamment du point de vue éthique (puisque des sociétés comme OpenAI ou Meta pillent sans vergogne textes et images pour entraîner leurs IA), mais aussi écologique car les centres d’hébergement nécessaires à ces solutions sont consommatrices de grandes quantités d’eau et d’énergie ; sans compter bien sûr, les conséquences sociales avec la disparition de corps de métier entiers ou la prolétarisation d’armées de petites mains pour optimiser les dites IA.

S’ajoute dans cet article le sujet brûlant de ce que les écrivains font ou pourraient faire avec l’IA. Un sujet qu’on ramène le plus souvent à une bande de fainéants ou d’escrocs utilisant l’IA pour produire le plus vite possible et à bas coût des récits médiocres, voleurs par procuration des auteurs qui se sont faits piller pour entraîner les IA.

Je ne suis pas naïf et je sais pertinemment que c’est une réalité, au même titre que les étudiants qui utilisent ChatGPT pour rédiger leurs devoirs. Mais, ce n’est pas vraiment ce à quoi je m’intéresse ici.

J’aime l’acte d’écrire et de créer de manière générale. Je ne compte donc pas déléguer cette partie à une IA. Mais, il existe autour de l’écriture, peut-être même plus dans le domaine de l’imaginaire où j’évolue, une myriade d’activités connexes : recherches, création de lieux, de récits historiques fictifs, de mythologies, etc. Un autre aspect lorsque les récits se font complexes et s’étale sur plusieurs livres est de maintenir la cohérence de l’histoire et sa toile de fond.

Longtemps, il a fallu rassembler une bibliographie érudite et organiser ses notes de manière rigoureuses. Puis, les archives numériques en ligne, les sites de passionnés et bien sûr le moteur de recherche Google ont profondément transformé ce travail. Tout comme, l’arrivée du micro-ordinateur a bouleversé l’écriture des romans dans les années 1980.

On pensera au Wang System 5 dont Stephen King fait l’acquisition en 1982 sur lequel il écrira The Talisman avec Peter Straub qui disposait alors d’un IBM Displaywriter, les deux ordinateurs étants connectés en ligne. (Les détails de cette anecdote ont été retrouvés grâce à ChatGPT.)

Car, il ne s’agit pas uniquement de gagner du temps (gain tout relatif quand on parle de création, à mon avis) : ces outils changent la manière de créer.

Petit à petit, cette année, j’ai introduit dans ma pratique l’utilisation de ChatGPT pour mes recherches (en demandant à ce que les sources soient citées). Mon constat après plusieurs mois d’utilisation : j’ai pu non seulement trouver de l’information plus rapidement, mais surtout des informations que je ne parvenais pas à trouver ni dans ma bibliographie ni avec la recherche Google. Tout ça bien sûr en prenant soin d’avoir les sources pour pouvoir vérifier. Je constate une vraie différence qualitative, notamment parce que je peux sauvegarder les réponses apportées et les intégrer dans mes notes. Pour moi, il y a un vrai gain.

Autre nouvelle pratique pour moi : l’utilisation de NotebookLM. Cet outil de Google repose sur un principe très simple : vous référencez vos sources (PDF, sites, vidéos, etc.) et vous pouvez ensuite les exploiter comme vous le feriez avec ChatGPT. J’y stocke mes notes, mes manuscrits, glossaires, etc. Cela me permet très facilement d’exploiter mon propre corpus quand ma pauvre mémoire me fait défaut. Cerise sur le gâteau, NotebookLM vous donne un accès direct aux sources qu’il exploite en infobulle. Auparavant, il me fallait jongler avec les recherches et les relectures, ce qui pouvait interrompre mon écriture, voire la bloquer.
Cela permet aussi de restreindre les recherches à des sources fiables et pertinentes (ex. le merveilleux site Gallica proposé par la Bibliothèque nationale de France).

Pour ma part, je perçois clairement deux évolutions majeures dans ma pratique :

  • Des recherches plus riches et plus détaillées
  • Une exploitation beaucoup plus simple de mon propre corpus

Dans les deux cas, c’est assez libérateur de pouvoir interagir quasiment en langage naturel sur des sources très variées.

N’hésitez pas à partager vos pratiques en commentaire.

A propos de l'auteur

Benjamin Lupu

Historien de formation et passionné par les sciences humaines, l'archéologie et les littératures de l'imaginaire, Benjamin Lupu publie cette année Le Solstice des ombres, une fresque de dark fantasy qui plonge ses personnages dans les tourments d'une guerre de religion.

Auparavant, après avoir contribué aux anthologies du Paris des merveilles de Pierre Pevel, il a écrit Le Grand Jeu, une Histoire réinventée qui mêle steampunk et espionnage dans le cadre éclatant de l'Istanbul de la fin du XIXe siècle, ainsi que la série d'enquêtes de fantasy Les Mystères de Kioshe.

Ses récits explorent les méandres de petites et grandes histoires imaginaires pour narrer des choix difficiles, le courage, la fraternité, les amours, ainsi que la fantaisie et l'humour, qui jalonnent le destin.

2 commentaires

Répondre à Benjamin Lupu Annuler la réponse

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

  • Bonjour Benjamin,

    Merci pour ton retour sur ta pratique ! L’as-tu déjà prise en défaut ?
    L’as-tu déjà testée dans la réécriture complète d’un de tes chapitres ? Afin d’évaluer ses compétences littéraires (fondées ou non sur ton propre style)

    Merci !

    • Oui, j’ai pris ChatGPT en défaut plusieurs fois grâce aux sources qu’il cite. Le cas dont je me souviens, c’est une invention (c.-à-d. une hallucination dans le jargon) sur un mot d’argot du Moyen Âge. ChatGPT est très bon sur des faits solides et bien documentés. J’utilise NotebookLM sur mes propres sources et là, pas de problème pour le moment. Quand il ne sait pas, il le dit.
      Je n’ai pas du tout testé la réécriture complète. Je vais être franc : ça ne m’intéresse pas car ce que j’aime, c’est écrire et apprendre à écrire. C’est ce processus que j’adore. Pour moi, les outils résolvent des problèmes concrets et la réécriture stylistique ne l’est pas vraiment pour moi. Mais, je ne suis pas fermé et ce d’autant plus que je suis certain que les éditeurs ne vont pas résister à l’emploi d’IA dans leurs relectures.