La saison des masques : le 4ème épisode des Mystères de Kioshe – Roman fantasy

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Ça fait toujours quelque chose d’ajouter une pierre à l’édifice.  Tirséa, la magicienne aveugle et Ziûrn, le gobelin roublard vont vivre leur quatrième aventure (et moi avec).

Je suis donc très heureux d’annoncer la publication de l’épisode 4 des Mystères de Kioshe – la série de fantasy que je développe depuis un an – : La saison des masques.

On ne change pas une recette qui fonctionne. Bien que recherchés par les hommes de l’Apat Bîlza’r, Tirséa et Ziûrn devront résoudre un nouveau mystère dont Kioshe a le secret. Bien sûr, je continue de dévoiler le passé de Tirséa. L’heure des choix approche.

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Je vous laisse découvrir ci-dessous la magnifique couverture (une nouvelle fois concoctée par mon complice Henrique) et le prologue du mystère.

Mais avant un petit mot personnel. D’abord pour remercier Sylvie Poulain de sa relecture méticuleuse et sa chasse aux incohérences dans mes récits (elle est redoutable pour ça).

Cet épisode est une étape importante dans mon projet. En effet, la première saison des Mystères de Kioshe doit comporter 5 épisodes. Cela signifie que le prochain Mystère sera l’épisode final de la saison 1. Il aura donc une saveur particulière. Rendez-vous début mai pour cette première conclusion. Une fois la saison complète, je compte publier une intégrale et je peux déjà vous annoncer qu’elle comportera un épisode bonus 🎉 situé entre les épisodes 1 et 2 (pendant l’exil de Tirséa, Ziûrn et Ivriane). Ça sera un épisode très spécial et j’ai hâte que vous le découvriez ! L’intégrale de la saison 1 sera également disponible au format papier (j’entends certain.e.s crier « enfin ! » 😉 ). Il y a encore du pain sur la planche, mais ce n’est que du plaisir. À très bientôt.

— Morts ! Morts ! À moi les morts ! Les âmes au juge !
Minosh agitait sa cloche dans l’indifférence générale. Il y était habitué et ne s’en offusquait plus depuis longtemps, lançant son appel d’une voix lasse. Les vivants détournaient toujours les yeux au passage d’un passemort et le Fond ne dérogeait pas à la règle. En choisissant une telle destinée, il avait accepté de devenir invisible. Tout juste une supplique ou une modeste offrande d’un proche pour s’assurer qu’il livre bien le corps aux prêtres de Talris.
— Morts ! Morts ! À moi les morts ! Les âmes au juge ! scanda à nouveau Minosh.
Thorlk marchait à ses côtés de son pas lourd de brute, tirant la solide charrette à bras de leur office. C’était un des secrets du métier, avoir des bras puissants aussi bien pour tirer le tombereau que charger les corps. Et l’ogresse avait des biceps épais comme des jarrets de bœuf.
— Morts ! Morts ! À moi les morts ! Les âmes au juge !
Le crépuscule avait surpris Kioshe dès la fin de l’après-midi, quand le voile froid de l’ombre des pics de l’Émergence s’était insinué dans les rues et les places. Minosh avait décapuchonné une lanterne pour les éclairer ; à l’est, les feux des phares de la Porte majeure dominaient la ville, signalant le début de la nuit.
Un enfant en guenilles déboula et se planta devant les passemorts.
— T’as une viande pour nous, petiot ? demanda Minosh.
Le gamin fit la moue. Le passemort soupira et fourragea dans sa poche pour en sortir un ékèl qu’il tint devant la bouille crasseuse de l’enfant.
— Alors ?
— À deux rues sur la gauche, sous l’escalier, à dix pas, pas plus.
De nombreux gamins perdus du Fond repéraient des cadavres pour les passemorts en échange d’une piécette. Minosh jeta un œil soupçonneux à la direction indiquée par l’enfant.
— Pas d’entourloupe ! Le juge, y l’aime pas les bonneteurs !
— Juré ‘nosh, y s’est étalé ! Même qui l’est salement amoché !
Minosh lança la pièce. L’enfant l’attrapa au vol et recula en souriant, le poing serré sur son trésor.
— Bon… Allons voir not’ client.
Thorlk regarda son compagnon d’un œil hébété, cligna des paupières et entreprit enfin de faire tourner la carriole.
Posté non loin, le gamin regarda avec curiosité les deux passemorts s’engouffrer dans l’étroite allée.
La lumière mouvante de la lanterne éclairait les étais massifs qui empêchaient les bâtiments de les écraser. Thorlk grogna.
— Je sais. J’ai vu, répondit Minosh, agacé. Ça risque rien. Le gamin a dit « à dix pas ». C’est pas loin. Tiens, v’là l’escalier !
Un escalier de bois pourri s’accrochait à un mur. Minosh leva sa lanterne pour éclairer le recoin sombre sous les marches et révéla une forme recouverte de détritus. Les gamins dissimulaient leurs trouvailles pour qu’on ne la leur vole pas.
— Tu vois, l’est là comme il a dit ! s’exclama le passemort. Allez, mets-moi ça avec le reste !
Quelque chose dégringola de la forêt de poutres qui les surplombait et chuta avec un bruit mou plus loin dans la ruelle. Minosh sursauta et Thorlk gémit.
— J’ai entendu ! C’est rien. Charge-le, ch’te dis !
Thorlk maugréa avant de lâcher la charrette pour venir chercher le cadavre. Au moment où elle allait saisir le corps, celui-ci bougea.
— Foutraille de rats ! Z’ont commencé à le becqueter, pesta Minosh en flanquant un coup de pied au cadavre pour chasser les charognards.
La dépouille se recroquevilla sous le coup et gémit. Deux yeux derrière un masque d’immondices l’imploraient, remplis de fièvre.
— L… la… sais… saison… elle re… elle… revient ! bégaya l’homme.
— Merde, un demi-mort ! To’k, va me chercher l’gourdin !
À la fin de la journée, chaque âme comptait et puis, vu l’état du client, ne valait-il mieux pas qu’il se hâte vers le juge ? Une main ensanglantée agrippa le bas du pantalon de Minosh.
— Durk ! Lâche-moi donc, crevard ! T’es parti l’acheter au Cours c’te gourdin, To’k ! beugla le passemort.
— l… le… ré… veil… d… du sang ! Prév… préve… nir… !
Comme Thorlk ne répondait pas, Minosh fit volte-face. De dos, l’ogresse reniflait d’un air suspicieux. La colère du passemort s’évanouit aussitôt. Il faisait confiance à l’instinct de sa comparse.
— Qu’est-ce t’as chopé, ma belle ?
— L… la… guer… guerre…, ânonnait la voix mourante derrière lui.
— Ferme-la ! siffla Minosh entre ses dents.
Thorlk rentra la tête dans les épaules. Tout son corps se tendit et elle grogna en découvrant ses crocs. Les épaules massives de l’ogresse lui bouchaient la vue. Minosh recula sous l’escalier, en tentant désespérément de se souvenir d’une prière de recommandation au juge.

Perdue dans la mâture des étais, une petite créature au long museau, presque une trompe, suspendue par ses bras filiformes, s’immobilisa pour observer de ses yeux ronds le spectacle sanglant en contrebas. Quand le dernier cri se noya dans un gargouillis infect, elle reprit son chemin, les jambes ballantes dans le vide.

La suite dans La saison des masques, le 4ème épisode de la série fantasy
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A propos de l'auteur

Benjamin Lupu

Historien de formation, passionné de sciences humaines, de technologie, d'archéologie et par les littératures de l'imaginaire, Benjamin Lupu est l'auteur des Mystères de Kioshe, une série d'enquêtes de fantasy mettant en scène la magicienne Tirséa Mortevue et ses compagnons.

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