Mystères de Kioshe : un épisode bonus pour l’intégrale de la saison 1

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Maintenant que l’épisode 5 vit sa vie et que les lecteurs découvrent la fin de la saison 1, il est temps que je m’attaque à la première intégrale des Mystères de Kioshe. Cette intégrale comportera tous les épisodes de la saison 1 et sera disponible au format broché ainsi qu’en électronique. Elle comportera également un épisode bonus.

L’épisode bonus

J’avais très envie de vous offrir quelque chose de plus pour l’intégrale – à part une couverture signée João Henrique De Jesus Gomes qui s’annonce épique – et très vite l’idée d’un épisode bonus s’est imposé. Un sixième épisode qui dévoilerait encore un peu plus l’univers des Mystères de Kioshe.

Seulement voilà, la vie vous surprend… (en bien) et c’est l’occasion d’une petite histoire.

L’an dernier (2018), j’ai travaillé sur une grosse nouvelle pour une anthologie dans le Paris des merveilles de Pierre Pevel. À cette occasion, j’ai fait la connaissance de l’autrice Sylvie Poulain qui participait également à ce projet. Sylvie m’a fait des retours aussi pertinents que bienveillants sur les premiers épisodes des Mystères, et puis j’ai eu l’occasion de lire sa nouvelle dans le Paris des merveilles. C’est là qu’a surgi une idée un peu folle : « et si je confiais à un autre auteur l’écriture de l’épisode bonus ? » Quand je l’ai proposée à Sylvie, elle n’a pas hésité une seconde et s’est lancée dans l’aventure. Elle a bûché pendant près d’un mois et m’a posé mille questions pour comprendre la toile de fond de l’univers. Fin novembre (2018), j’avais un synopsis entre les mains. C’est une expérience très étrange que de lire une histoire que vous n’avez pas imaginé dans votre propre univers. Je n’aurais tout simplement jamais pu écrire cette histoire. C’est bien les mêmes personnages, le même univers baroque, mais c’est… Sylvie.

Sylvie a pris soin d’insérer soigneusement son Mystère dans le puzzle des autres épisodes. Et c’est là que ça devient encore plus intéressant. J’étais en pleine écriture de l’épisode 4 et je me suis retrouvé à me dire que certains détails de l’épisode bonus pourraient enrichir la fin de la saison 1. J’ai donc changé le scénario de l’épisode 5 pour y incorporer des éléments de l’épisode de Sylvie. La boucle est bouclée et les 6 épisodes forment un tout cohérent.

Au final, ça a été une expérience formidable ! La co-écriture est tellement féconde et surprenante. C’est un exercice délicat où l’auteur doit s’effacer un peu, mais les bons récits n’ont pas de prix !

L’épisode bonus se situe entre les épisodes 1 et 2, pendant l’exil de Tirséa, Ziûrn et Ivriane suite à l’affaire Boraphis. Je soupçonne Sylvie d’avoir voulu répondre à la question de ce qui avait bien pu se passer pendant cette absence de plusieurs mois (à l’instar d’autres lecteurs). Bonne nouvelle donc : elle lève un coin du mystère avec L’ombre de l’Assariale.

Je ne résiste pas à vous faire découvrir le prologue de ce nouveau Mystère. Bonne lecture (n’hésitez pas à donner votre avis).

L’escalier montait en hélice dans l’épaisseur de la paroi rocheuse. Messaryn gémit : l’âge commençait à lui raidir les articulations. Un sort lui aurait rendu le quotidien plus facile, mais cela faisait vingt ans qu’il gravissait ces marches et il n’entendait pas gâcher sa magie pour une question de confort. C’était un petit sacrifice fait à l’honneur que lui procurait sa fonction : le mage-pontier ne pouvait détourner son art du service d’Assaré. Il espérait qu’après lui, Kythra aurait la même droiture.
Atteignant la plate-forme de l’Oratoire, Messaryn se rendit jusqu’au phare qui se dressait en son centre et acheva sa montée par la volée de marches extérieures qui s’enroulait autour de son fût. Au sommet, un petit chemin de ronde faisait le tour de l’ouvrage de ferronnerie au sein duquel se nichait l’Assariale : flottant en suspension juste au-dessus du niveau de ses yeux, la gemme n’était pour le moment qu’un globe terne animé de mouvements vagues.
Messaryn s’accorda quelques instants de répit et s’accouda au parapet. Vers le nord, au-delà de la large zébrure du canyon, le terrain descendait en pente douce, barré à droite par une ligne sombre qui indiquait les frondaisons de la Vieille Forêt. Plus loin, on devinait à l’ouvert de la vallée la double couronne colossale des monts Karalan. À l’ouest enfin, les montagnes de l’Aube bornaient l’horizon de leurs crêtes blanches ; l’ombre qu’elles projetaient envahissait lentement la vallée. Messaryn regarda le soleil sombrer et murmura une brève prière à Asthor pour le voyage nocturne de l’astre. Il se tourna alors vers la lanterne, ouvrit une fenêtre dissimulée dans les entrelacs de fer forgé et enveloppa l’Assariale d’un geste caressant, presque tendre. La gemme réagit à son contact, le cœur de la sphère fut traversé d’un éclat fluctuant ; puis le mage murmura une phrase aux accents doux et la clarté issue de la sphère grandit jusqu’à l’éblouir. Il l’envoya d’un geste s’élever sous le dôme de cristal qui coiffait l’ouvrage, où sa lumière fulgura dans l’obscurité qui tombait ; enfin il referma soigneusement la lanterne et redescendit.
Comme chaque soir, le mage prit le temps de faire le tour des balcons cardinaux entourant le phare. Sous ses pieds, Assaré s’évasait le long des flancs du piton colossal qui l’accueillait : une succession de paliers circulaires accrochés au roc, évoquant des galettes de kom enfilées sur une broche. Il y avait, de haut en bas, l’Éther, les trois Deniers, le Passage, et, invisibles sous ce dernier, les étages de la Chiourme ; mais de sa position, Messaryn ne distinguait qu’un fouillis de toits en bois, d’échelles, de nacelles glissant sur des cordages, et de passages tortueux dont le plancher craquait par grand vent : Assaré, le phare du Nord, où s’achetait et se vendait à peu près tout ce que le monde proposait de négociable. La ville était le seul point de passage entre la passe des Pierres ouvrant sur l’Hyrdrie et la coulée des Vents menant vers la steppe nasken. Sans les deux immenses ponts-levis jetés par la ville sur le profond canyon qui coupait la région en deux, le commerce n’aurait pu prospérer et le Nord serait demeuré enclavé. Messaryn acheva son tour sur le balcon oriental d’où l’œil embrassait les deux ponts. Le temps qu’avait duré sa petite ronde, le trafic s’était interrompu au signal de l’Assariale et les deux longues passerelles étaient libres. Messaryn prit une inspiration d’air froid et commença à psalmodier. C’était un long sortilège, raffiné à l’extrême par ses prédécesseurs pour ne devenir accessible qu’au seul mage-pontier d’Assaré. Celui-ci refit le tour de la plate-forme, se tournant vers les points cardinaux en combinant gestes et paroles avec précision, et ce ne fut qu’une fois ce préalable achevé qu’il se replaça vers l’est et commença le sort du lever des ponts proprement dit. Depuis les guerres brigandines, qui avaient vu les hors-la-loi des montagnes s’enhardir jusqu’à tenter d’occuper la ville, les ponts étaient relevés à la nuit et rabaissés à l’aube. Soulever pareilles masses demandait une concentration sans faille et mobilisait toute l’énergie du mage, aussi ne perçut-il pas la silhouette sombre qui se faufilait dans son dos. Il lui fallut quelques instants pour réaliser qu’une voix prononçait son nom.
— Peril Messaryn…
Surpris, il cessa ses incantations et se retourna : une créature d’ombre se dressait devant lui, dardant des vrilles mouvantes dans sa direction. Leur contact fut glacé, et le fouailla jusqu’à l’âme.
Messaryn, déjà affaibli par la dépense d’énergie qu’il venait de concéder au service de la ville, tomba à genoux, puis glissa au sol. Sa dernière vision fut celle d’un vase de pierre noire roulant aux pieds de son meurtrier.
Le mage-pontier mourut, le visage marqué par une profonde incompréhension.

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A propos de l'auteur

Benjamin Lupu

Historien de formation, passionné de sciences humaines, de technologie, d'archéologie et par les littératures de l'imaginaire, Benjamin Lupu est l'auteur des Mystères de Kioshe, une série d'enquêtes de fantasy mettant en scène la magicienne Tirséa Mortevue et ses compagnons.

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