Parution des Voix de Canaé, festivals et projets en cours

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Après un long travail de finalisation et 10 mois après Sœurs de haine – le tome 1 de mon diptyque de dark fantasy, le Solstice des ombres –, Les voix de Canaé est en librairie et sur les plateformes depuis le 18 février (petite danse de joie). Vous y retrouverez le jeune moine enlumineur Umbrod et son compagnon Balcère, le chevalier Héskarias, la guerrière esclave Tériane là où nous les avions quittés après la bataille des arches. Vous découvrirez la cité de Canaé où le saint reliquaire Paltérion, porteur du feu d’Asthor, doit déposer sa relique au prochain solstice d’été alors que les appétits des différentes factions religieuses et politiques atteignent leur paroxysme. Est-ce que je vous ai dit que j’étais très heureux d’avoir pu mener au bout ce projet ?

Encore une fois, Ebrahel Lurci a officé à la couverture et Stéphane Arson aux cartes, et ça donne un magnifique objet.

Commence pour moi un moment à la fois un peu anxiogène et très agréable, car dans les mois qui arrivent, je vais venir à votre rencontre.

  • 6 mars 2026 : Estelle Hamelin (des éditions Mnémos) et moi, nous parlerons des coulisses du Solstice des ombres sur la chaine Twitch des Mille Mondes à partir de 19:00.
  • 13 mars 2026 : dédicace à l’excellente librairie La dimension fantastique à partir de 18:00.
  • 4 et 5 avril 2026 : je serai présent pour la première fois à l’excellentissime festival Trolls et Légendes.
  • 28 au 31 mai 2026 : je retrouverai avec bonheur les Imaginales.
  • 20 juin 2026 : je serai présent au festival du noir et de l’imaginaire Quimperlé.

Et je vous le redis : c’est un plaisir de vous rencontrer et d’échanger. L’imaginaire ne vaut que s’il est partagé !

Et avec tout ça, la fabrique à histoires continue de tourner. Je vous réserve des surprises, mais je peux déjà vous parler des projets en cours :

  • Avec ma partenaire en crime, Sylvie Poulain, nous poursuivons l’écriture jubilatoire de notre fantasy Belle Époque drôle, émouvante et pleine de magie.
  • Je prépare également la première ébauche du roman suivant qui (roulement de tambour) se déroulera dans le même univers que le Solstice des ombres (mais n’en sera pas la suite directe). Je vais faire petit (?) détour par chez nos amis Vaeks pour une histoire qui s’annonce épique.
  • Et puis dernier arrivé dans la todo, le second projet de mon cercle d’écriture. Après le aussi délirant que goûteux Fromaginaire, nous démarrons l’écriture d’une anthologie sur le thème des… desserts et des dragons (petit rire de fierté).

Je finis cet article par un cadeau en forme de clin d’oeil.

Lorsque que je commence un roman, je fais un test pour trouver le ton du récit et voir comment ça prend. Pour ceux et celles qui auraient lu les deux tomes du Solstice, voilà donc comment tout a commencé. Je ne peux pas publier la totalité du texte, car c’est trop long, mais il m’a semblé que ce passage était intéressant. Bonne lecture et à bientôt.

Les bourrasques faisaient claquer les bannières et fouettaient les visages des chevaliers orostrates. Les destriers renâclaient et piétinaient sur place, énervés de cette attente immobile après la chevauchée interminable qui leur avait été infligée tout le jour. Il fallait constamment jouer des cuisses et des rênes pour les faire se tenir tranquilles. Kélfar ne put s’empêcher de penser que l’humeur ombrageuse des montures était à l’unisson de celle de leurs cavaliers.
— Saints dieux, comment qu’tu peux te tenir droit comme un piquet ! s’exclama une voix féminine excédée.
Kélfar n’eut pas besoin de regarder pour savoir que Léné interpellait le grand Méhan Varte. Ces deux-là étaient comme les doigts de la main, et quand l’impatience de la vétérane débordait, c’était le stoïque Méhan qui en subissait les conséquences.
— Je me tiens droit, car « la constance est la première vertu de notre seigneur », répondit Méhan d’un ton sentencieux.
Kélfar se racla la gorge pour étouffer dans l’œuf la dispute que ne manquerait pas d’éclater. Tout juste Léné se permit-elle à voix basse un « Y s’tient droit parce qu’il a l’cul en compote, ouais ». Kélfar chevauchait à leurs côtés depuis si longtemps qu’il ne prêtait plus attention à leurs chamailleries. À l’heure du combat, ils seraient plus loyaux l’un envers l’autre qu’un frère et une sœur.
Voilà une heure que les orostrases se tenaient en cercle autour de la sainte Pyriale et de Maré Silarisse, sa porte-larme, au sommet d’une colline à moins d’une demi-lieue des remparts gris de Canaé. Pour la centième fois, eut-il l’impression, Kélfar prit appui sur la corne du pommeau de sa selle et se retourna. Silarisse n’avait pas bougé. Le vent jouait avec sa coiffure défaite et lui faisait une couronne mouvante. Le commandeur brûla de lui demander ce qu’ils attendaient. Le front à terre, il l’avait supplié de partir avec toute la compagnie. « Cela nous retarderait », avait-elle tranché les yeux dans le vague, avec l’air qu’elle avait toujours de ne pas être réellement de ce monde, et il avait dû se contenter des guerriers les plus aguerris. Dix orostrates parés pour la guerre avaient quitté le temple au galop alors que la huitième heure des épreuves n’avait pas encore sonné. Kélfar avait confiance en leurs bras et leurs lances, mais que pourraient-ils contre une forteresse qui résistait aux barons fédérés depuis plus d’un an ? Que faisaient-ils ici ? Verraient-ils même un ennemi, d’ailleurs ? Les Borésiaques soupçonneraient à coup sûr un piège en apercevant leur maigre troupe et resteraient certainement bien à l’abri derrière les épais murs de la cité. Son regarde glissa sur le petit reliquaire de bois laqué en forme de lanterne posé à terre aux pieds de la porte-larme. L’objet, qui ne faisait pas plus de trois pieds de haut, était richement décoré, tout en volutes et incrustations surmonté d’un clocheton évoquant le soleil. Un des panneaux latéraux était ouvert et laissait apparaître la Pyriale. Comme à chaque fois que Kélfar posait les yeux dessus, un frisson parcourut son échine. Pris d’une suée, il se détourna de la courbe blanche du bras figé dans une position gracieuse dont on disait qu’il avait appartenu à un des Imranes qui parcourent le ciel aux côtés d’Asthor. La relique pourrait enflammer leurs lames sur l’ordre de Silarisse, mais ça ne suffirait pas. Les défroqués d’en face n’auraient aucune peine à les anéantir avec leurs propres armes. En contrebas, Kélfar aperçut un berger qui menait son troupeau à l’étable pour la nuit. Lorsque le jeune homme reconnut les étendards orostrates ornés de l’astre triomphant, il pressa ses bêtes en leur fouettant la croupe de sa badine. Les siens savaient qu’ils n’avaient rien à gagner dans la guerre qui rongeait les baronnies depuis bientôt quarante ans. Brusquement, dans le dos de Kélfar, Silarisse hoqueta, bredouillant des paroles incompréhensibles d’une voix rauque. Elle en appelait à la relique. Le commandeur retint inconsciemment son souffle anticipant que la volonté d’Asthor était sur le point de se manifester. Il commença à réciter dans sa tête la première louange au dieu quand des cris stridents s’élevèrent de toutes parts. Il mit quelques instants à reconnaître la voix déformée par la terreur de Léné. Son cheval se cabra en hennissant. Kélfar tira vivement sur les rênes pour amener la tête de l’animal sur le côté et le faire redescendre. Mais, déséquilibré, le puissant destrier chuta, jetant à bas son cavalier avant de l’écraser de tout son poids dans un fracas de fer et de cuir. Le commandeur hurla de douleur. Paniqué, le cheval de guerre tenta désespérément de se remettre sur ses pattes. Mais, son armure pesait trop lourd pour qu’il y parvînt. Ses mouvements désordonnés broyèrent une des jambes de Kélfar. Tout autour, Hommes et bêtes étaient devenus fous. Une main invisible avait balayé leur raison. Le chaos était indescriptible. L’œil exorbité du destrier fixait son cavalier. Kélfar banda ses muscles pour tendre une main vers l’encolure – s’il pouvait seulement attraper la longe – quand une onde de chaleur le suffoqua, vidant ses poumons, ébouillantant ses doigts au travers de l’épais cuir du gant de monte qui les protégeait. Dans une vision d’apocalypse, la crinière du destrier s’embrasa. Le pauvre animal se contorsionna pour échapper à la terrible morsure qui enflammait ses chairs.
— Ma… Maré, bafouilla Kélfar, la bouche poisseuse de sang. Saint Asthor… Silarisse… Pitié… Cessez… Nous mourrons…
Des sifflements terrifiants retentirent et le ciel fut lardé d’immenses traînées de feu. Elles se déployèrent majestueusement comme les bras d’une grande pieuvre céleste. Dans leur sillage, une pluie de cendres brûlantes s’abattit et enterra Kélfar sous un manteau qui le marqua au fer rouge et fit grésiller sa peau. Le destrier cessa de lutter et se figea dans la mort. Une odeur écœurante de chair grillée flottait dans l’air.
— Dieux… pourq… quoi un tel châti… ment ? balbutia Méhan à côté de lui.
Puis l’impact de la première explosion les frappa comme un marteau. Kélfar fut ballotté par les convulsions de la terre qui, déflagration après déflagration, se soulevait avec d’horribles craquements. Le poison d’un air brûlant s’insinua en lui, oppressant sa poitrine, réduisant sa respiration à un filet mêlé de glaires. Le commandeur se sentit partir. Au seuil de l’inconscience, il entendit les voix. Par milliers, elles étaient unies dans un chœur effroyable pour proclamer l’agonie de Canaé et Kélfar se joignit à elles, car il comprit que la porte-larme les avait conduits ici pour détruire la ville au nom du dieu, fût-ce au prix de leurs propres vies.

*

Asthor toucha terre ; la nuit vint et avec elle, les serviteurs de Talris. Canaé n’était plus qu’un champ de ruines constellé de braises dont les étincelles s’envolaient vers les cieux. Les murailles qui avaient protégé si longtemps ses habitants avaient tout bonnement disparu, soufflées par les explosions, dévoilant un fatras de poutres noircies et de moellons fendus par le feu d’enfer qui s’était déchaîné. Les prêtres du dieu maigre tentèrent de s’approcher, mais la chaleur était encore si intense que leurs robes se mirent à fumer et leurs sourcils à roussir. Ils prièrent longtemps pour ces dix mille âmes consumées dont aucun corps ne passerait entre leurs mains. Les années qui viendraient, ils témoigneraient de l’horreur de ce moment. Ils parleraient aussi d’un miracle.
Ils rebroussaient chemin par la plaine qui s’étendait à l’ouest de Canaé quand l’un d’eux interpella ses compagnons d’une voix étouffée par le linge humide qu’il devait porter pour ne pas suffoquer sous les vents pulvérulents. Il désigna une colline non loin. Les prêtres tinrent un conciliabule à la lueur de leurs lanternes, puis le petit groupe gravit la pente en s’enfonçant jusqu’à mi-mollet dans l’épais manteau cendreux qui recouvrait absolument tout sur des lieues à la ronde. Arrivés au sommet, ils découvrirent les cadavres racornis de cavaliers et leurs montures pétrifiées dans des positions douloureuses. Les piques morts entreprirent de vérifier que chaque corps était celui d’un trépassé à l’aide de leurs lances, mais, au fond d’eux-mêmes, ils n’avaient aucun espoir de découvrir un souffle de vie et pourtant l’un d’eux sursauta quand un gémissement déchirant perça la noirceur nocturne. Le visage du survivant était un masque luisant où se mêlaient cendre, sang et humeurs. Il était méconnaissable et ne devait d’être vivant qu’au rempart que lui avait fait son destrier. Ce jour-là, ceux qui préparent les disparus à leur jugement dérogèrent à leurs règles : ils sauvèrent une vie. Ils dégagèrent Kélfar Héskarias, commandeur des orostrates, et l’emmenèrent avec eux.

A propos de l'auteur

Benjamin Lupu

Historien de formation et passionné par les sciences humaines, l'archéologie et les littératures de l'imaginaire, Benjamin Lupu publie cette année Le Solstice des ombres, une fresque de dark fantasy qui plonge ses personnages dans les tourments d'une guerre de religion.

Auparavant, après avoir contribué aux anthologies du Paris des merveilles de Pierre Pevel, il a écrit Le Grand Jeu, une Histoire réinventée qui mêle steampunk et espionnage dans le cadre éclatant de l'Istanbul de la fin du XIXe siècle, ainsi que la série d'enquêtes de fantasy Les Mystères de Kioshe.

Ses récits explorent les méandres de petites et grandes histoires imaginaires pour narrer des choix difficiles, le courage, la fraternité, les amours, ainsi que la fantaisie et l'humour, qui jalonnent le destin.

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